Comme on l’a souvent rappelé dans nos colonnes, le phénomène du diktat des plagistes prend des ampleurs de plus en plus dramatiques, dans une inquiétante impunité, bien avant le début du coup d’envoi officiel de la saison des baignades. Et pour preuve, les solariums implantés, foisonnent de jour en jour, dans la quasi-totalité des différents sites balnéaires, sous l’œil impuissant et complaisant des pouvoirs publics. Les plagistes, face à la passivité des gestionnaires, sont passés à des comportements mafieux sous un régime dictateur en promulguant d’autres lois à l’attention des estivants, nous rappelant la loi du silence, ‘’motus’’, ici c’est la loi de la ‘’Cosa nostra’’, à l’italienne, nous transposant à une époque Mussoliniste quand la pègre d’El Capone défiait toutes les lois. S’accaparant les meilleurs endroits de détente et de baignade, cette mafia de la mer est allée plus loin, balisant les sites balnéaires par l’installation de délimitation de leurs territoires. Les plages sont devenues des propriétés ”privées”.

KAID OMAR

Dans la capitale de la corniche oranaise, Aïn El Türck, la cité balnéaire la plus prisée à l’échelle nationale, et malgré la présence de certains représentants de la loi, “les plagistes” ne reculent devant rien pour louer tables, chaises et parasols et vendre des sandwichs au prix fort. Les estivants, traumatisés, ont de plus en plus la peur au ventre, eux qui ne veulent plus revivre les cauchemars endurés au cours des précédentes saisons estivales. Sachant qu’au cours des saisons estivales récentes, un macabre bilan provoqué par ces hordes de squatteurs a été constaté tout le long du littoral oranais sous forme d’agressions, d’altercations verbales de “bas étage”, au point où il a été relevé malheureusement le traitement d’indignation de paisibles citoyens suite à des agressions physiques subies par ces “criminels de la mer, étant donné que l’accès à certaines plages, particulièrement celles de la côte ouest est devenu… payant ! En dépit de l’interdiction formelle de la concession des plages et de l’exploitation des solariums, à l’occasion de la saison estivale en cours, par le ministère de l’Intérieur, plusieurs plages de la côte oranaise continuent de subir le diktat de plagistes autoproclamés.

Une impunité inexpliquée

De St-Roch à la Madrague, à travers le territoire de la daïra d’Aïn El Türck, des espaces entiers de sable sont squattés depuis plus d’un mois, au vu et au su de tout le monde et illicitement gérés par des indus exploitants. Les éléments des services sécuritaires, qui ont opté pour la sensibilisation, évitant tout bras de fer, les squatteurs, sont revenus à la charge progressivement, se proclamant maîtres indétrônables des lieux, à l’instar des stations balnéaires de St Roch, Trouville, Bouisseville, Paradis-Plage, Saint-Germain, Claire-Fontaine, Belle-Vue, Beau-Séjour, Reinette, les Dunes, celles de Cap Falcon, la Madrague sont de plus en plus squattées, en toute impunité par des « plagistes illicites », qui infestent les lieux, avec le déploiement progressif de tables, chaises et parasols sur les meilleurs endroits. Même constat sur les plages des communes de Bousfer et El Ançor, à l’image de la Grande Plage, Bomo, l’Etoile, Corales, les Andalouses, au simple constat qu’aucune plage n’est épargnée. Ces plagistes qui habitent, généralement, aux petites bourgades, relevant d’Aïn El-Türck, imposent leur loi là où ils se sentent, comme les véritables maîtres des lieux. Mais même si depuis quatre années, la direction du Tourisme a annulé la concession des plages, des indus exploitants sont présents sur les plages de la corniche oranaise, semant le désordre et dicter leurs lois aux estivants, contraints de mettre la main à la poche pour s’acquitter des droits d’entrée à des espaces, sans commodités et livrés à l’anarchie… Un comportement qui se traduit par le squat des espaces balnéaires, empêchant le citoyen de s’y installer. A l’exemple du site de Claire-Fontaine, les occupants du bidonville, jouxtant ladite plage, les tarifs sont fixés et non-négociables, où ils varient entre 500 da les jours de semaine et de 800 à 1.000 DA, le week-end pour un parasol et quatre chaises. Un café à pas moins de 100 da, un frittes-omelette, c’est 200 da, 60 da la bouteille d’eau minérale. Tous les prix sont doublés. Ces mêmes résidents, qui vivent dans la précarité, privés de toutes les commodités d’hygiène, ont même eu l’ingénieuse idée de baptiser le site “Plage New Combat”, tout en souhaitant la bienvenue à tous les amateurs de la “grande bleue”, où l’écriteau, peint en rouge, le long de la muraille, fait foi. Pour les nostalgiques, et ils sont nombreux, c’est juste au lieu et place du légendaire restaurant “Macumba”, qui était prisé pour sa recette Paella, et dont la terrasse surplombait ladite plage. “L’appellation “New Combat”, c’est pour mieux exprimer notre combat et celui des 73 familles qui y vivent, contre la précarité, le désespoir, et le combat à mort contre les flots de la mer 8 mois sur 12 et le déferlement des vagues meurtrières de la Méditerranée, automne, hiver et printemps. Personne n’est sensible à nos malheurs”, nous confie un quinquagénaire qui y réside depuis plus de 30 ans.

Des estivants traumatisés et impuissants

Est-ce une raison pour monopoliser et squatter les lieux ? Les estivants, quand à eux, s’ils arrivent à trouver un espace sur le sable, munis de leurs propres parasols, ils n’ont plus le choix pour finalement se résigner à se contenter des espaces reculés et insalubres, éloignés de la mer, eux qui sont soucieux de surveiller leur progéniture. Chaque année, les saisons passent et se ressemblent, le tableau est beau, mais le bilan est désastreux et les problèmes deviennent récurrents. “Le même constat est fait chaque année, mais aucune solution concrète n’est proposée” dira un estivant. Les communes côtières semblent dépassées, incapables pour pouvoir gérer au mieux une telle période. Le constat est saisissant entre le flux des estivants, leur sécurité et les conditions d’accueil. Les estivants, qui investissent de plus en plus les stations balnéaires de la région, sollicitent l’intervention des pouvoirs publics avant qu’il ne soit trop tard.
Que sont devenues les directives du Président Tebboune quand à la sécurisation de tous les espaces publics, leur libération et le strict respect des lois de la République ?