M. Hamouche

Le festival local « Lire en fête » revient chaque année au point où son organisation et son déroulement est devenu au fil du temps routinier. Chaque wilaya du pays propose, le temps de quelques jours, pratiquement le même programme et le même contenu pour encourager les enfants – voire les jeunes en général – à feuilleter un livre, à défaut de le lire, de découvrir l’histoire qu’il raconte et de déclencher en tout un chacun et attachement, cet amour pour le livre et la lecture. Créer un véritable engouement pour la lecture semble de nos jours et dans notre société un véritable défi et constitue un parcours de combattant qu’il est difficile d’achever devant tant d’embûches qui se dresse devant les plus intrépides. Le livre est devenu un produit de luxe. Il n’a plus de place chez les familles sauf pour servir de « décor » dans les salons, histoire de suggérer aux visiteurs et aux invités, que les membres de la famille sont cultivés et des amoureux de bonnes feuilles. Pratiquement, les rares libraires, qui résistent tant bien que mal un peu à la terrible loi de l’offre et de la demande, chôment et attendent un hypothétique passant venus débourser quelques dizaines de dinars pour acquérir un livre. Les clients se contentent généralement de trois petits tours et puis s’en vont les mains….vides. L’offre est pratiquement restreinte, la qualité des œuvres proposées est trop souvent déplorable et les prix de vente flambent et se trouvent hors de portée et des bourses même les plus garnies. Rien dans le paysage quotidien du citoyen n’encourage la lecture. Les bibliothèques communales, celles des quartiers et des établissements scolaires de naguère n’existent plus. Le système éducatif n’encourage pas et n’incite pas les élèves à lire, à faire des recherches, à présenter des fiches de lecture d’ouvrages que proposent les enseignants comme cela se faisait, il y a quelques années, dans les universités. Une triste réalité à relever : nos étudiants sont incapables de citer des œuvres d’auteurs algériens, des titres marquants de la littérature nationale ou universelle. Il est vrai qu’à l’ère la culture 2.0, de la révolution numérique, des développements fulgurants des technologies de la communication, le monde est devenu un véritable village planétaire où tout fonctionne à la vitesse du grand V. Place à la culture « fast-food », du rapidement consommable et périssable. Plonger dans un livre tout en voyageant en train, en bus ou en tramway est devenu un acte presque répréhensible aux yeux des autres voyageurs alors qu’il est dans d’autres pays un geste presque naturel, un réflexe et des moments à saisir pour en profiter pleinement le temps d’un parcours, d’un voyage, même le plus court et le plus rapide. La semaine dernière, lors d’une visite à Aïn Témouchent, le ministre du tourisme avait suggéré la création de « points de lecture », des stands à mettre sur pied au niveau des plages, pour encourager les estivants à emprunter des livres pour pouvoir « bronzer utilement ». L’idée semble intéressante quoique difficile à mettre en exécution lorsqu’on sait que la moindre parcelle de sable vide est occupée par les « plagistes » qui voient en chaque baigneur, un véritable pigeon à déplumer. Alors lui parler de livre, de lecture, de quiétude et de bonnes conditions d’accueil relève d’une autre époque, d’une autre dimension difficile à franchir….