Musique symbole de la Saoura, le « Foundou » est l’émanation de l’environnement culturel et spirituel saharien et l’expression contemporaine des souffrances des mineurs des anciennes houillères de Kenadza (Béchar). Cette musique inspirante et reposante, née dans la capitale de la Saoura, tout comme son génial créateur, le virtuose du Oud (luth) Alla, de son vrai nom Abdelaziz Abdallah, fait désormais partie du patrimoine culturel de cette région et du pays.

R.C

Le « Foundou », à l’origine, renvoie à un jargon que les mineurs des houillères de Kenadza utilisaient pour situer le puits de charbon où ils trimaient. Ces fonds de la mine des houillères étaient numérotés et le fond 2 (Foundou) est celui où travaillait le père de Alla. Le « Foundou » est joué par Alla par « feeling » et par improvisation au fil de la représentation, parfois sans instruments de percussions. « C’est une musique qui va directement au cœur, grâce à la manière du jeu exceptionnel et unique du Oud par Alla » estiment les puristes et les adeptes de ce genre culturel. Plusieurs générations de mélomanes, hommes et femmes du Sud-ouest du pays, sont marquées par cette musique qui a contribué à faire connaitre, tant en Algérie qu’ailleurs, une nouvelle sonorité musicale et une nouvelle manière de jouer du luth, un instrument à la base des musiques arabe, maghrébine et également des musiques traditionnelles du sud du pays. La musique « Foundou » est basée sur les inspirations du luthiste Alla, nées de la douleur ou de la joie de l’instant. « Tout ce qui me fait mal ressort », a-t-il dit un jour. L’appellation du Foundou n’existe dans aucune langue du monde. Elle était connue que dans la région de Béchar, avant la renommée nationale et mondiale de son créateur Alla. Elle n’est pas fortuite, car elle évoque d’abord la terre et aussi toutes les richesses qu’elle recèle, y compris le charbon, a-t-il souligné. « Le Foundou est une musique qui nous parvient des entrailles de la terre, mêlée à un goût de «charbon», le tout pétri avec la sueur et le sang de nos pères et de nos grands-pères », a-t-il dit. Un chercheur en musicologie, M.Younsi, relève que les notes musicales du « Foundou », sèches et stridentes, sont « un cri lancinant et douloureux pour rappeler l’exploitation et l’injustice que nos aïeuls ont subies durant la douloureuse nuit coloniale ».

L’âme de la Saoura

Si le Reggae est le reflet et l’écho du rasta, le « Foundou » est le symbole de la Saoura et de plusieurs générations des populations de cette région du pays. Singulière, douce, pure, envoutante et unique, cette musique, devenue maintenant universelle, est l’expression parfaite du riche patrimoine musical et culturel des régions du sud et du pays. Elle est le reflet de l’attachement de l’artiste Alla à son environnement saharien et algérien, malgré le fait qu’il vit depuis plusieurs décennies à Paris, a souligné Azzeddine Benyakoub, chercheur en patrimoine culturel et anciennement directeur des radios locales de Bechar et d’Oran. « Avec plusieurs albums, dont El-Gasmia, Zohra, Tanakoul, Taghit et plein d’autres, vendus à des milliers d’exemplaires tant en Algérie qu’à l’étranger, Alla a prouvé que le Foundou symbolise la Saoura et la culture algérienne, en plus d’être considéré comme l’un des meilleurs joueurs de luth dans le monde arabe et ailleurs », a-t-il souligné. « L’Oud entre les mains de Alla a des yeux écarquillés, c’est un Oud qui enfantait à chaque caresse des brassées de lumière sonores, éclaboussant les parois rigides de l’immobile, transformant la solennité en errance, et le silence du désert en recueillement », indique, pour sa part, Rabah Sebaa, professeur de sociologie et d’anthropologie de l’université d’Oran, ayant à son actif plusieurs articles et recherche sur la musique « Foundou ». Cette dernière a des sonorités indociles qui aiment se confondre avec la chevelure écarlate de Taghit, localité dont est originaire la famille de Alla, a-t-il souligné. Pour cela, plusieurs artistes de la région de la Saoura estiment nécessaire l’officialisation et l’organisation du prix national « Alla » de la musique spirituelle et ce, pour la promotion des musiques spirituelles et des jeunes talents. Lors d’une visite de travail en mars 2020 dans la wilaya, la ministre de la Culture d’alors avait annoncé l’institution de ce prix national dans le but de créer et de promouvoir les musiques spirituelles et d’encourager les artistes à innover dans le jeu du luth.