M. Hamouche

La nouvelle est tombée comme un couperet vendredi dernier : l’artiste algérien Ahmed Benaïssa est décédé suite à un malaise, quelques heures avant qu’il ne foule le tapis rouge et gravisse les marches du palais de la culture de la Croisette où serait projeté le dernier film, « La Goutte d’Or », le film de Clément Cogitore, dans lequel il campait un rôle. Ce film était en course au Festival du cinéma de Cannes. Le destin en a voulu autrement. Sitôt l’information relayée par les médias et les réseaux sociaux, hommages, évocations, émotions et condoléances n’ont pas cessé de tomber louant les qualités humaines et artistiques du disparu, l’une des figures marquantes du paysage culturel et artistique du pays. L’écrivain Yasmina Khadra écrit sur sa page Facebook : « Repose en paix Ahmed, Tu as traversé ce monde comme un désert, avec quelques rares escales dans de rares oasis et des vertiges délétères au large des mirages. Tu avais du talent à ne savoir où l’engranger. Une dégaine en mesure de conquérir tous les feux de la rampe et une générosité à créer les écrans ». Un autre hommage de l’universitaire, chercheur et ancien journaliste, Ahmed Cheniki qui côtoyé le défunt à plusieurs occasions, en Algérie ou lors de festivals internationaux. « Benaïssa s’en est allé, aujourd’hui à 78 ans. C’est un être extraordinaire d’une grande générosité, il a constamment le sourire aux lèvres, avec un regard teinté de mélancolie. C’est une voix rugueuse et un indescriptible talent. C’est l’un des plus grands comédiens et une voix forte de l’Algérie indépendante », écrit-il également dans un post. Ahmed Benaïssa reste l’un des visages les plus emblématiques du cinéma algérien. Il a été distribué dans plusieurs longs métrages comme « Bouamama » de Benamar Bakhti, « Bab El Oued City » de Merzak Allouachen « Hors la loi » de Mehdi Bouchareb, « « Morituri » d’Okacha Touita, « Leïla et les autres » de Sid Ali Mazif, « Les portes du silence » d’Amar Laskri. Ses apparitions au petit écran étaient nombreuses, tout comme au théâtre où il a été distribué dans plusieurs pièces et monté une au TNA, « Adjadjbia » avec notamment Fellag, Hamid Remas et Bouzerar. Le défunt a brillé au festival du théâtre d’Avignon avec une adaptation du roman « Mersault, contre-enquête », le texte de Kamel Daoud. La disparition de l’ancien directeur du théâtre de Sidi Bel-Abbès, Ahmed Benaïssa, s’ajoutera à celle de dizaines d’artistes et d’hommes de culture algériens qui ont quitté ce bas-monde presqu’à la pointe des pieds. Ils resteront, par leurs œuvres et apports inestimables, comme des phares lumineux éclairant les chemins escarpés de notre paysage culturel et artistique.