A la veille du 10e jour du ramadhan, les différents marchés des fruits et légumes à travers les quartiers les plus populaires d’El Bahia, nous donnent cette terrible sensation de se croire transposés dans le temps dans le même espace, comme si c’était la veille ou le 1er jour du même mois sacré. Autant de doigts des deux mains que de jours du début du jeûne, pas un iota n’a changé, au sinistre constat du même rush massif le long des étals des fruits et légumes, tout autant que l’ambiance vécue la veille et au cours de la 1ère journée. Aucune accalmie dans les prix exposés, les chefs de famille et autres ménagères se limitent aux seules emplettes de produits utiles et indispensables, les traditionnelles herbes culinaires, lait et pain, ou au maximum à l’achat d’un petit dessert si le prix proposé est abordable.

Kaid Omar

Ainsi, le consommateur oranais semble résigné à ne plus manger à ses goûts et assouvir ses envies, encore moins déguster les plats traditionnels d’antan que seul ce mois de piété peut procurer comme plaisir, ce qu’on appelle les spécialités du charme de la rupture du jeûne. Malgré que la majorité des ménages a déjà assuré le maximum de leurs approvisionnements au cours de la dernière semaine précédant l’entame du mois sacré, les Oranais au 10e jour de jeûne, sont unanimes à reconnaître qu’ils n’ont pas mangé à leur faim ni dégusté les plats de leurs goût. ‘’C’est vrai que le ramadhan est un mois de la piété, de la rahma, de la solidarité, du prêche et du coran, mais il y a un minimum à assurer sur le plan matériel’’, affirme khalti Badra, croisée au niveau du marche de la Bastille, ajoutant ‘’Nous sommes que de fragiles êtres humains, et on doit fortifier les genoux pour rester toujours debout et faire face aux duretés de la vie. Mais avec quoi ? De tels prix ? C’est l’enfer où même les plus aisés aux meilleurs revenus se plaignent’’ conclura khalti Badra, qui repart chez elle avec de maigres achats. Jugez-en : tous les prix sont maintenus presque au même niveau. On dirait la température normale d’un corps humain où au-delà ou en-deçà de 37°, on meurt. La pomme de terre à pas moins de 120 da (soit 4 pommes de terre de calibre moyen), la tomate entre 90 et 120 da, courgette à 120 da, la laitue à 150 da, carottes, betterave et navet à pas moins de 90 da, le kg de citron oscille entre 350 et 400 da, pas moins de 400 da le kg d’haricots verts. Côté fruits, l’ascenseur est monté d’un cran où l’on a plus le droit de manger les fruits de la nature. Imprenables fruits, à l’exception des fraises qui sont cédées entre 250 da et 600 da. Les pommes et bananes ont eu une promotion de statut où en Algérie ils sont désormais classés dans la catégorie des fruits exotiques, en étroite concurrence avec le kiwi, la mangue et l’ananas. Ca risque de chauffer encore en été et même provoquer des indigestions. Même si l’orange est abordable, les dattes connaissent une baisse sensible proportionnellement à la qualité proposée.

Le monde merveilleux des viandes, il faut faire la cour pour y pénétrer dans une tentative de mission impossible pour la majorité des bourses

Le monde merveilleux des viandes, il faut faire la cour pour y pénétrer dans une tentative de mission impossible pour la majorité des bourses. Le poulet ou viande blanche, et qui n’a de blanc que son duvet, frise les 500 da, le kg d’ovin à pas moins de 1750 da, le bovin à 1500 da, pour faire un tour du côté de la sardine à 1200 da. Des prix qui ont découragé plus d’un pour s’aventurer encore plus à désosser son budget. Les autres produits liés à la consommation alimentaire parmi les plus utilisés, également ont connu leur coup de massue entre huile de table, sucre, beurre et margarine, dioul, œufs, concentrés, limonades et jus. En fin de compte, disons –le tout simplement et tout cru, c’est que l’Algérien mange mal surtout que l’enfant en Algérie est victime d’une alimentation déséquilibrée, pauvre en vitamines, une alimentation qui ne peut assurer une croissance normale à nos bambins qui sont privés de tout, entre viandes, poissons et fruits indispensables à l’épanouissement, le développement physique et cérébral. Une nouvelle génération déjà minée qui ne peut assurer ne relève digne de nos préceptes et de nos valeurs. Une génération qui est elle aussi victime d’illusions sans lendemain.

L’Etat est-il devenu tout autant impuissant pour faire face à la mafia ?

Sinon où sont les promesses qui ont précédé le ramadhan, avec le rêve tant caressé du kg de pomme de terre à 50 da, une tomate toute rosie à 30 da, le vrai poulet blanc à 250 da, la viande ovine à 1100 da, la banane et la pomme à 100 da ?, se lamente tout un peuple avec une seule voix. Qui décide des prix ? L’Etat est-il devenu tout autant impuissant pour faire face à la mafia qui utilise tous les moyens entre spéculations, pénuries artificielles ? Une pègre identifiée et dont les tentacules ont pris d’assaut la majorité des administrations publiques pour dicter la loi du talion et provoquer un remous populaire aux conséquences désastreuses. Ces mêmes détracteurs ne peuvent agir autant longuement sans des complicités avérées à tous les niveaux du pouvoir de décision. Où sont les mécanismes juridiques prescrits noir sur blanc pour resserrer l’étau sur les groupuscules criminels et leur débusquement eux et leurs prolongements ? Inexplicable léthargie des pouvoirs publics au moment où l’excédent de la balance commerciale fera un saut conséquent à plus de 5 fois plus que l’année 2021. Le grand peuple le sait mais craint que cette manne divine fasse le bonheur des cercles mafieux …