« Le ridicule ne tue pas mais fait mal aux pulsations cardiaques », s’indignera ammi Bahri, un septuagénaire qui a vu le jour au bord des rives du quartier de Trouville dans la localité d’Aïn El Türck, qu’on a croisé ce dernier jeudi en fin de matinée, au milieu d’une centaine de protestataires qui ont tenu à exprimer leur indignation et leur réprobation à la décision des pouvoirs publics à ériger des murailles à l’entrée des différentes plages qui longent le territoire de la commune de la capitale de la corniche. Accablés par ce constat, comme un seul homme, les résidents des différents rivages s’insurgent et expriment de vive voix leur désapprobation du massacre subi au niveau des sites balnéaires avec l’implantation de ces murailles, à base de gigantesques plaques en béton enfoncées au niveau des accès des différentes plages de la contrées.

Kaid Omar

Un coup de massue porté à la nature, à la mer et surtout aux plaisirs générés par la grande bleue. Houari la trentaine, presque les larmes aux yeux, affirme tout en se lamentant « le peu qui nous restait pour se ressourcer est pratiquement démoli. J’habite au bord de la mer, j’y suis né, grandi, où à mon réveil le matin depuis 30 années, c’était la vue sur mer qui me nourrissait. Et avant de me coucher, c’est toujours la vue de la mer, reluisant par les effets des étoiles qui me ronronnait. Aujourd’hui, on nous vole ce droit de contempler la mer. C’est tout ce qui restait ici à Aïn El Türck, on nous a tout spolié, il ne nous restait plus que ce cadeau du Bon Dieu. Il est lui aussi détourné comme ils ont détourné tous les biens du peuple ». Abdelhak, casquette marine sur la tête, âgé de près de 40 printemps, le relaye, avec un regard impulsif qui cachait mal ses nausées du cœur, qui dira « la mafia a tout ratissé, une mafia venue même d’ailleurs qui s’est accaparée toute la nature y compris le foncier et l’immobilier, qui s’est installée dans les meilleurs sites, et qui veut aujourd’hui nous priver de dons divins. Il ne reste plus qu’à nous priver de l’oxygène qu’on respire et qui vient du ciel ». Depuis la station balnéaire de St Roch jusqu’à celle des Dunes, au niveau des cafétérias cernant les différentes places publiques, c’est le sujet phare des discussions, dégageant le même sentiment d’indignation, de désapprobation, de dénonciation et de vive protestation. Wahid, un gérant de café, amateur des randonnées matinales au bord de la mer, résident au quartier de St Germain, ira plus loin dans ses propos, avouant « pourquoi autant d’argent dépensé, greffé sur les fonds du Trésor public dans des opérations de fermeture des plages par tant de béton, où les vues sur mer sont dénaturées et confisquées ? Que restera-t-il des envoûtements et du charme de la mer ? Quelle utilité publique ? Certains nous disent que c’est pour les Jeux Méditerranéens, d’autres diront que c’est pour mieux contrôler les haraga. Mais là, on nous confisque la liberté de savourer les panoramas et les vues paradisiaques de la mer.

Absence des élus et du nouveau Maire

Les invités et participants aux JM d’Oran vont avoir des nausées à voir ce scandale d’atteinte au charme de la nature. Ils vont chercher ailleurs la Méditerranée, ici c’est le « béton de la honte » ! Un peu plus loin, près du complexe Eden, dans une discussion animée par un groupe de personnes d’un certain âge, qui étaient perchées en haut du Boulevard des Dunes, le sujet des Murailles faisait le buzz.
Ils n’ont d’ailleurs pas pris des pincettes pour nous préciser sur un ton mélancolique plein d’amertume « pourquoi n’avoir pas investi cet argent pour créer de meilleures conditions de séjour au bord des plages avec le nettoyage des différents sites, l’installation de paniers et sacs poubelles, la construction de petits murets en fer forgé couverts de tôle galvanisée sur fond de décors par des fresques et autres graffitis ayant trait à la mer et ses secrets, ainsi que l’installation de douches et toilettes publiques, en plus du ravalement des bordures de trottoirs ? Quelle utilité publique avec ces murailles ? C’est scandaleux ! ». Au niveau de la plage de Trouville, lieu du premier rassemblement de protestation, l’absence des élus et du nouveau Maire n’est pas pour autant passée inaperçue, ceci étant perçue par la population comme étant un signe d’approbation à cette opération de dénaturation des stations balnéaires. Accosté à une barque au niveau de la plage, Amine le coiffeur du coin, décrispa l’ambiance morose qui s’exprimait sur les visages des jeunes riverains en lançant sur un ton ironique « Pourquoi ne pas interdire la vue sur mer le long de la route de la corniche en édifiant une longue muraille, comme celle de Chine ? ». Des opérations qui continuent à provoquer d’autres réactions qui risquent de ne pas s’estomper et dont la population locale insiste pour que le wali Sayoud prenne en charge les doléances des riverains … Nous y reviendrons …