Par Kaid Omar

A l’âge de 12 ans, Kaid Fouad a été abattu à bout portant par un légionnaire d’origine sénégalaise, un certain 12 août 1957. Deux raisons : d’abord, en scandant “Tahya El Djazair” au moment d’une rafle perpétrée par l’armée coloniale en plein centre – ville de la capitale des Almohades, ainsi que les soupçons portés sur ses parents taxés d’être des activistes du FLN. Il devait passer cette même année l’examen de 6ème. Son banc à l’école restera vide à tout jamais. 65 ans après, aucun établissement scolaire ne porte son nom, malgré qu’il est enterré au Carré des Martyrs de la wilaya de Tlemcen, à Hennaya. Un mineur à la fleur de l’âge pour que “Vive l’Algérie” ….
En fin de journée de ce 12 août 1957, la triste nouvelle fit le tour de la ville, 10 minutes auront suffi pour constater la consternation qui affligea toute la population locale qui n’en croyait pas un tel acte de barbarie où l’armée coloniale puisse aboutir à une aussi odieuse atrocité. Un acte inhumain dont un enfant d’à peine 12 printemps soit la victime innocente d’une armée coloniale dévastatrice, mais qui est restée impuissante et aveugle. La confirmation de l’assassinat du chahid Fouad sera faite instantanément par ses trois compagnons et voisins de quartier. En l’occurrence les deux cousins Senhadji, Benaissa et Abdelfettah ainsi que Semmache Yahia, un retraité de l’enseignement primaire. Leurs témoignages respectifs sont sans équivoque : ils affirment bel et bien que le légionnaire sénégalais cibla le chahid Fouad lui ordonnant de se coucher à plat ventre en l’interpellant par son propre nom. Fouad fait fi de cet ordre, continuant à courir en scandant à haute voix “Tahya El Djazair”. Sans hésiter, le légionnaire chargea son arme, le cibla et tira sur l'”Almani” Fouad le chahid. Il se releva plein de sang, avec un sourire d’ange innocent, puis retomba, toujours avec ce visage souriant. Le lendemain, le 13 août, lors de son inhumation, des milliers de personnes affluèrent vers le cimetière de la ville, en provenance de l’ex-Nemours (Ghazaouet), de l’ex-Montagnac (Remchi), de Magnnia, Oran et Tlemcen. La ville fut quadrillée par des renforts militaires pour faire face à toute éventualité. L’accès à Nedroma était interdit. L’armée française paniqua et n’arriva pas à comprendre une telle situation malgré qu’il ne s’agit là que de la mort d’un mineur de 12 ans. A la fin des cérémonies de l’inhumation du corps du chahid, des émeutes éclatent un peu partout où des dizaines de personnes furent interpellées et arrêtées. L’état d’urgence fut immédiatement décrété à Nedroma et ses environs. Le père du chahid Fouad, Mekki, rahamahou Allah et qu’Allah ait son âme dans son vaste paradis, souffrira énormément depuis ce sinistre 12 août 1957. Il accusa mal le coup et rendit l’âme 12 années après, une perforation de la vésicule biliaire l’emporta à tout jamais. Il porta le deuil trois longues années durant, jusqu’à la naissance d’un nouveau-né qu’il prénomma fièrement Fouad. La mère du chahid, décédée il y a un peu plus de 04 ans à l’âge de 94, parlait constamment de l'”Almani” le chahid, les larmes aux yeux, se remémorant cette fatidique journée, comme si c’était hier, en affirmant par sentiment d’honneur “on le surnommait l'”Almani”, de par sa corpulence, le teint de sa peau et sa longue chevelure dorée. Fouad le chahid, des fois, taquinait même les soldats colons par “tahya el djazair” ou encore “je vais grandir et je vous tuerai tous”. Actuellement le reste de la dépouille du chahid se trouve au niveau du Carré des Martyrs de la wilaya de Tlemcen, à Hennaya. Son banc à l’école est resté vide, une année durant, aucun de ses amis de classe ne voulait l’occuper, préférant le parsemer de fleurs et de roses, agissant clandestinement de peur des représailles du maître de la classe. Et depuis, aucune école, établissement scolaire ou d’apprentissage n’a été baptisé du nom du chahid (???!!!), ses parents, auraient refuséà l’époque l’offre d’indemnisation proposée par la France. Cela fait 65 ans que le chahid Fouad est tombé au champ d’honneur avec un visage souriant, c’est vrai, mais sans considération, ni hommage au plus jeune martyr de la révolution. C’est l’Histoire et la mémoire collective qui l’affirment. Des attestations de l’armée coloniale, dont détenons une copie, confirment l’acte prémédité contre un mineur innocent et justifient bien les différents témoignages de cet acte de l’armée coloniale, qualifié de “terroriste”. En rappelant ces faits, c’est le plus grand hommage qu’on peut rendre à ce chahid “symbole” de l’esprit de sacrifice de tout un peuple, de toute une nation qui ont payé lourdement le tribut d’un génocide sans précédent qu’avaient connu l’humanité et l’Histoire contemporaines. Pour que “Tahya El Djazair”. Fouad l’Almani a gardé le sourire même après sa mort. Allah yarhmek. La seule revendication de 10 frères et sœurs est la baptisation d’un établissement scolaire en son hommage, dans sa ville natale, Nedroma.