M. SEGHIOUER,

Jadis simple petite infrastructure, le port de Béni-Saf est devenu au fil des années un pôle économique d’envergure dans les années 70, avec d’énormes potentialités, notamment par les exportations de minerai de fer et du vin vers l’occident mais aussi vers la Côte d’Ivoire notamment. Depuis sa création entre 1876 et 1881, le port n’aura été qu’un petit bassin de quelque 17 hectares, en somme un plan d’eau assez réduit. Le port est resté le même, et à ce jour encore, cent quarante ans après.

Situé à peu près à égale distance entre Oran et la frontière marocaine, au fond du golfe compris entre le Cap Figalo et l’île de Rachgoun, au pied d’une chaîne de montagnes, le port de Béni-Saf n’a jamais décollé comme il n’a jamais été doté d’autres infrastructures qui lui auraient permis de prendre son plein essor avec un développement socio-économique voire industriel. Il est resté le même, depuis les années 70, durant lesquelles les opérations d’exportation battaient leur plein. Les navires de commerce étrangers, pinardiers et minéraliers, qui fréquentaient habituellement le port de Béni-Saf, venaient de lilychevesk, Novorosisk (ex-Urss) de Constanta(Roumanie) d’Abidjan( Côte d’Ivoire), de la France(Rouen entre autres) mais aussi de bien d’autres pays.
Les premiers accostaient à la jetée Est longue de 270 m et les seconds à la jetée Ouest, longue de 440 m, où se dressait majestueux le fameux chargeur « kargaouer », aujourd’hui disparu. Le port connaissait une intense activité, hélas freinée puis stoppée après l’épuisement des gisements de minerai de fer et la volonté d’arrachage des vignobles. Si d’axe en axe, une distance de 350 mètres séparait les jetées Ouest pour le minerai et Est pour les pinardiers, la passe d’entrée au port s’ouvrait sur 160 mètres de largeur au niveau de la mer, entre la jetée Nord et la jetée Est. Ce chenal d’accès, assez large, offrait tout l’espace nécessaire pour une manœuvre d’entrée des navires, certes facilitée par l’expertise des pilotes maritimes, qui venaient du port d’Oran. Ensablement, un danger permanent Si à l’époque le tirant d’eau au niveau de la passe était de 7,50 m de profondeur, il n’est plus que de quelque 80 centimètres, en un minuscule chenal, de petite largeur, que les bateaux doivent suivre rigoureusement, ce qui rend les opérations difficiles et dangereuses. En plus, le mauvais temps empêche souvent les évolutions normales des embarcations en un tangage qu’il faut maîtriser, pour garder le cap. Il est arrivé très souvent que des bateaux de gros tonnage, notamment les minéraliers, entrent au port, évidemment à vide, donc allégés, mais par mesure de sécurité, les commandants réduisent le tonnage de minerai à charger, de crainte de racler le fond marin, à la sortie du port au niveau du chenal, voire de rester bloquer sur le banc de la mort. L’intérieur du port n’est pas en reste, et il n’est pas à l’abri de la colère de la mer qui malmène les bateaux, même bien amarrés. Il est arrivé que des amarres cassent et font dériver dangereusement les embarcations sur le plan d’eau, en un carrousel, heurtant d’autres bateaux. Il est arrivé aussi qu’un pinardier, de gros tonnage, amarré à la jetée Est, s’est retrouvé par tant de houle, déplacé jusqu’au quai Sud, vers la cale de halage, avec bien sûr des dégâts à d’autres embarcations de pêche. Les anciens professionnels se souviennent des bateaux de pêche « Mariama », « Sindbad », « Abdelkader » « l’Espérance » qui avaient subi d’importants dommages au plus près du port, à un moment de forte tempête. Il en est de même pour le chalutier « Samra » qui avait coulé dans le port même, à la suite de la rupture de ses amarres. Les professionnels estiment que le temps est enfin venu, après tant d’années, pour lancer une vaste opération de nettoyage du fond marin de ce port.

Le sable avance

Il faut reconnaître que le port de Béni-Saf qui n’a été construit que pour l’exportation du minerai par barques, a vu la pêche se développer, venant se joindre en une activité complémentaire. Pour autant, personne ne pensait que la pêche allait devenir la principale activité, et au fil des années, en devenir l’unique activité qui, ferait de Béni-Saf, le premier port de pêche d’Algérie. Entretemps, l’exportation vinicole est aussi venue se greffer, avec l’arrivée de plus gros navires, que ceux de l’époque, avec les exigences de la navigation. Seulement, de nos jours, le port lui, est resté le même qu’il y a près de 140 ans, avec en plus la question de l’ensablement, qui chaque année évolue à une cadence inquiétante.
Selon des experts français du laboratoire central d’hydrographie et du commissariat à l’énergie atomique, qui avaient séjourné à Béni-Saf, à l’époque, dans le but d’étudier ce phénomène d’ensablement, estiment une évolution entre 60 000 et 80 000 m3 par an. Ces scientifiques avaient reconnu que le port remplissait toutes les conditions pour un grand aménagement, si la question du sable était résolue. Dirigée par un ingénieur à la section d’application des radio-éléments, cette mission avait procédé à des recherches au moyen de traceurs radio-actifs qui auraient permis à ces experts de détecter avec exactitude l’importance et l’origine des apports de sable à l’intérieur du port.

Les causes de l’ensablement

Plusieurs études et plusieurs sondages techniques ont été effectués dans le passé, avec la même conclusion qui fait dire que le sable vient en partie des crues de la Tafna, entrainés par les courants marins, et qui vient se déposer à l’entrée du port, car stoppé par la jetée Nord, le faisant glisser tout le long de cette jetée, pour rencontrer les courants marins venus de l’Est.
Ainsi se forme ce fameux banc de sable sur les 350 mètres. La seule solution pour éradiquer ce dangereux phénomène d’ensablement du port, reste les opérations périodiques du dragage total du bassin portuaire et des alentours. Les spécialistes estiment que tant que ces travaux ne sont pas réalisés, il n’est pas judicieux d’envisager la construction d’autres équipements, d’engager de très importantes dépenses, alors que le mal du port est connu. Des milliards auraient été dépensés pour la construction d’un épi rocheux perpendiculairement à la jetée nord qui, en principe, avait pour objectif de stopper l’engorgement du chenal d’accès par le sable. C’est tout le contraire de ce qui est constaté, à savoir que cet épi a donné naissance à une véritable petite plage à l’angle formé par cet épi et par la jetée nord. D’ailleurs, en période estivale, des baigneurs et des pêcheurs installent leurs parasols. La réalisation de cet épi a considérablement augmenté la vitesse de l’ensablement à cet endroit. Il faut savoir que le sable se met en petits monticules pyramidaux mais s’effrite et s’étale, d’où l’élargissement de sa base. La réalisation de cet épi n’aura fait qu’accentuer l’ensablement de la passe d’entrée et n’aura rien apporté de positif. Il devrait être retiré et déplacé le long de la jetée nord.

Quelle solution ?

La seule solution qui reste d’actualité et cela depuis près de 140 ans, c’est le dragage du port, avec l’évacuation du sable et son rejet au large. Ce même sable reviendra naturellement sur la plage du puits qui, d’ailleurs s’est réduite considérablement, faisant avancer la mer, jusqu’au bas du mur de soutènement, (digue) ou du moins ce qu’il en reste. Harcelée par la force des vagues lors de chaque tempête et des fortes intempéries, cette digue gagnerait à être considérablement renforcée, estiment les spécialistes. Pour le cas, là aussi il y aurait un réel danger, car l’érosion anormale avance.
Il faut laisser la nature récupérer ce sable jeté au large et le déposer sur la plage, cette admirable plage de sable fin que les estivants et les visiteurs appréciaient. Le sable du port doit être récupéré Les causes et pour éviter dans les années à venir, un potentiel danger pour les habitations du bord de plage.