Ce tristement mercredi 27 décembre 1978, devenu célèbre, restera dans la mémoire algérienne. Une date assassine, inoubliable dans le négatif du terme, et terrible pour tout un peuple, pour un pays, au sortir de sept ans et demi d’une guerre effroyable qui a causé plus d’un million et demi de martyrs algériens, après 132 ans de colonisation française, implacable, sauvage, identitaire, tendant à acculturer le peuple, en un indigénat, avec un premier et deuxième collège. Il y a quarante trois ans, jour pour jour, un fâcheux 27 décembre 1978, au petit matin, une effroyable nouvelle secoua la terre entière, en tombant glacialement dans toutes les salles de rédaction du monde, bousculant tous les programmes, rendant d’emblée orphelins tous les algériens qui, par milliers devaient envahir la rue et occuper toutes les places, pleurant leur président, tant aimé.

Par Mohamed SEGHIOUER

Le président Houari Boumediene est donc bien décédé suite à une cause encore inconnue, en une non moins effroyable « maladie » qu’il aurait contactée lors de son voyage en Irak.
Evidemment aucune personne n’y croit encore aujourd’hui à cette « maladie », mais l’on parle plus facilement d’un « assassinat « compte tenu de la grandeur du chef de l’Etat, et de sa vision du monde, mais aussi de la défense des intérêts du « tiers monde », de son combat contre la différence instaurée entre le Sud et le Nord, de son soutien à tous les progressistes, et ayant fait d’Alger la « Mecque des Révolutionnaires », de sa lutte pour la libération de la Palestine et du Sahara Occidental, et bien sûr mille autres combats.
Boumediene, un homme hors-norme qui a passé toute sa vie pour la révolution algérienne et pour son indépendance, un homme qui a donné aux citoyens de chaque commune, aux algériens, leur orgueil à juste titre, leur fierté et leur patriotisme.

A son époque, quelle grande fierté que de déclarer être algérien !

Oui cet homme, ce chef d’Etat d’envergure, est mort. Il n’a laissé aucun héritage personnel, ni argent, ni maison, ni terres et même pas d’enfants. Ce qu’il a laissé à ses proches, c’est 650 dinars sur un sombre compte CCP. Oui seulement 650 dinars, vous n’y croyez pas ? Vous avez raison de ne pas y croire, car c’est tellement invraisemblable, quand même il est question ici d’un chef d’Etat. Mais vous avez aussi tort de ne pas y croire. Cet homme, aussi président qu’il a été, est un irréductible intègre, un patriote en béton, ou si vous voulez en béton, forgé depuis l’âge de 13 ans, un autre affreux jour de massacre de 8 mai 1945. En effet, le président Boumediene est parti, il est mort, en ne laissant ni usines, ni affaires, ni immeubles. Rien ! Cet homme, est né humble, fils de humble, fils de fellah, et qui bien sûr, à treize ans, ne payait pas de mine, mais qui deviendra celui qui projettera l’Algérie vers le développement, vers le modernisme, vers la technologie, mais hélas, stoppé net. Certes, il n’a pas laissé des usines personnelles, des affaires pour ses proches, mais il en a laissé, toute une industrie, une panoplie d’entités, créatrices d’emploi, de productivité et de richesse, pour tous les algériens, pour le peuple qu’il aimait tant.Quand on lit la presse en général qui, à longueur de colonnes révèle les enrichissements personnels des uns et des autres, et les fortunes colossales, amassées par quelques oligarques, cupides et égoïstes, qui n’aiment ni la patrie ni les algériens, mais ils ne s’aiment qu’eux-mêmes, il est difficilement croyable, à un solde pour tout compte d’une modeste somme de 650 dinars sur un compte CCP. Et pourtant c’est vrai !
Faut-il raconter cet exemple qui précise que même de son lit d’hôpital à Moscou, le président Boumediene n’avait pas apprécié que son frère vienne le voir en ayant emprunté le circuit étatique. Le président devait payer le voyage avec son salaire. Faut-il citer cet autre exemple qui a fâché sa mère quand il n’a pas voulu exempter son frère du service national, à la demande de sa mère ? Faut-il citer cet autre exemple, qui a fait que sa propre mère, bien longtemps après, devait apprendre que son fils, Mohamed Boukhourouba, n’était autre que Houari Boumediene, le président de la république algérienne. Ce qui montre, si besoin est, toute l’humilité, la modestie et la grandeur de cet homme. Cet homme ne vivait ni pour lui, ni pour sa famille ou ses proches, ni pour une quelconque descendance, il ne vivait que pour la terre algérienne, pour le pays-nation et pour le peuple. Des usines, oui il en a fait construire, il en a fait développer, il en a laissé des centaines, partout dans le pays. Il ne serait pas utile ici d’en faire la liste, mais je peux citer pour mémoire, celles qui sont répertoriées sur un recueil intitulé Algeria Export 73/74, (Algerian export year-bbok) et qui plus est, les sociétés sont nommées, par ordre alphabétique, en français, en anglais et en arabe.

Le sommaire de ce recueil fait ressortir quatre gros chapitres intitulés

1- l’Algérie en quelques questions :

a- généralités : La planification, la géographie, les cartes et communications, la démographie, les aspects culturels, la santé publique.
b- productions : les hydrocarbures, l’industrie chimique, l’industrie minière, l’industrie sidérurgique, l’industrie de constructions métalliques, l’industrie électrique et électronique, l’industrie des textiles, l’industrie des cuirs et peaux, l’industrie de la cellulose, l’industrie alimentaire, l’agriculture, l’artisanat.
c- les échanges : 1963-1972.
d- le commerce d’importation et la distribution.
e- les services : Onafex, les structures bancaires en Algérie, les chambres de commerce et de l’industrie, la Caar, la Cnan, Air Algérie, la Sntr, la Sncfa, l’Onp, la Sonatmag, la Sonama, l’Anep, le tourisme.

2- La législation :

code des investissements, réglementation du commerce extérieur, régime douanier, contrôle des changes, code des marchés publics.

3- Qui exporte quoi ? :

Index, produits-sociétés, sociétés-produits.
Cette partie de l’annuaire signale plus de 150 entreprises d’exportation publiques et privées, dont certaines interviennent sur plusieurs produits et pour certaines sur toute une branche d’activités. Plus de 300 produits exportables figurent dans cet annuaire, avec leur définition douanière, et se distinguent vers le Tiers-Monde, par la variété des produits tant manufacturés qu’agricoles ou miniers. Ceci montre les efforts de développement accéléré entrepris par le pays sous l’ère Boumediene.

4- Adresses utiles :

Ambassades et consulats, représentations diplomatiques algériennes à l’étranger, représentations diplomatiques en Algérie, représentations commerciales algériennes à l’étranger, adresses des ministères, manifestations commerciales, les foires en Algérie, les foires à l’étranger où l’Algérie est représentée, voitures sans chauffeur, hôtels, tourisme par référence à Sonatour et à A.t.a
Il est visible qu’au travers de ce simple recueil, des efforts considérables ont été faits pour mobiliser toutes les ressources et se lancer vers une édification du pays et renforcer son indépendance économique. En effet, le président Boumediene, lui-même ne ménageait pas sa force pour travailler toujours plus encore. Il en a signé des plans de développement pour entraîner le reste de l’économie avec une industrie lourde structurante. On peut citer le plan triennal 1967-1969, et le plan quadriennal 1970-1973 qui, auront permis de donner le rythme et faire réaliser le décollage prévu pour l’horizon 1980. Infatigable et plein d’énergie, le président Boumediene devait lancer dix autres plans spéciaux d’équilibre régional et poser des jalons d’un développement harmonisé pour stopper toute forme de déséquilibre entre les régions du pays.

Comment pouvait-il penser à autre chose qu’a ce pays qu’il aimait tant ?

Il ne pensait même pas à lui-même, tant et plus qu’il sillonnait les zones les plus reculées, et allait au contact avec les ouvriers, les fellahs et les jeunes. La foule le lui rendait bien. Il était aimé.
Ce que Boumediene a fait pour ce pays, ça vaut bien quand même, un solde pour tout compte de….650 dinars pour ses ennemis et pour ceux de l’Algérie, au point de comploter et de le faire abattre, car pour eux, il allait vite, trop vite et gardait une prospective de développement viscéralement ancrée au fond de lui-même. Toute sa vie, n’aura été que pour la révolution algérienne, pour son indépendance. Un homme qui a tout donné aux citoyens, leur orgueil, leur fierté et leur patriotisme. Il est parti en laissant des centaines d’industries, des réalisations économiques et sociales, en laissant aux algériens une image de marque du pays, un respect et une dignité pour le peuple, auprès des autres peuples, mais hélas, il est parti trop tôt, en laissant, bien des projets non achevés et en laissant les algériens, encore à ce jour, orphelins. IL reste aujourd’hui, à ce peuple d’honorer sa mémoire et de lui rendre un hommage appuyé, sincère et éternel, de génération en génération, afin que les années, les affres du temps, et les hommes, n’effacent et n’oublient le nom de Houari Boumediene.
Boumediene ne trichait pas. Il vivait l’Algérie. Il restera vivant dans le cœur des algériens, et dans leur esprit. Il le restera pour l’éternité.
Que Dieu dans sa grande miséricorde, dans sa grande clémence lui accorde sa place à son paradis.

Au paradis des martyrs !
Allah Irahmek ya Sid Raïs, ya si Boumediene !