B. Belhadri

La ville des thermes était au faîte de sa volupté, samedi écoulé. Les disciples de Sidi Ahmed Bouhadjar, le saint vénéré qui a donné son nom à Hammam Bou Hadjar, sont venus très nombreux pour assister à la traditionnelle wâada, fête traditionnelle que l’on célèbre chaque année en cette période, grand moment de fraternité, de convivialité, de rencontres, de retrouvailles. Une wâada, c’est aussi des spectacles riches en couleurs, en sonorité et en rythme qui lui donnent une dimension et une saveur particulières. Le clou de tous ces spectacles reste incontestablement les jeux de fantasia, par lesquels des cavaliers montant chevauchant fièrement leurs montures s’adonnent à une course qui s’achève par des salves et des coups de feu à la grande joie des spectateurs qui se comptent par centaines. Le champ de course sur lequel évoluent les cavaliers est un terrain laissé en jachère pour cette circonstance. Il est d’une longueur de plusieurs centaines de mètres. Les organisateurs de la wâada, des descendants du saint vénéré et des bénévoles, ont imposé un ordre et une discipline infaillible, à tel point que tout a été prévu pour compartimenter le champ en plusieurs ailes consacrées chacune à des activités diverses. Autour du champ de course, des longues rangées de spectateurs y prennent place et montrent des signes d’impatience avant le début du spectacle. Des groupes de cavaliers constitués chacun de 6 à 8 montures prennent place sur la ligne de départ. Le spectacle peut commencer. Le groupe de cavaliers est dénommé en langue dialectale « Mechlia ». Cette année, il y avait plus de 50 participants venus de plusieurs villes du pays. Outre la fantasia en elle-même, la danse du cheval a fait vivre les spectateurs des moments inoubliables. On reste émerveillés par les prouesses des cavaliers qui poussent les chevaux à exécuter des pas de danse au rythme de l’âlaoui. Des spectateurs, emportés par les sons de la flûte et du guelal, n’hésitent pas à franchir le pas pour former des cercles et danser jusqu’à l’épuisement. La wâada, c’est également les marchands qui proposent mille et une choses, des bonbons, des gâteaux traditionnels et parfois des produits d’artisanat. Ces vendeurs installent des étalages de fortune et drainent un grand nombre d’amateurs, des enfants et des parents essentiellement. Les meddah et les poètes font aussi partie de la fête. Des attroupements se forment autour d’eux et répondent avec un plaisir certain les demandes des spectateurs. Des demandes de chansons du terroir, telles « Oued Chouli », « Saïda B3ida » et autres succès fusent de tous les côtés. Cette ambiance de fête ne saurait être complète sans le couscous, généreusement servi à ces invités d’un jour. Des familles de Hammam Bou Hadjar tiennent à perpétuer la tradition d’hospitalité et de générosité en préparant et en offrant des plats entiers de couscous aux légumes et bien arrosés de sauce, au grand plaisir de tous les convives. Nul ne déroge à la tradition, les femmes, venues en famille, sont invitées à entrer dans les maisons et sous les tentes dressées à cet effet. Elles suivent avec attention le spectacle de la fantasia tout en savourant le couscous préparé à l’honneur de Sidi Ahmed Bou Hadjar. A la fin de la wâada, chacun retourne à son foyer, gardant au fond de lui les souvenirs d’une journée particulière.