R.L

Le président du Syndicat national des pharmaciens d’officines, (SNAPO), Messaoud Belambri met en garde contre le risque de la pénurie de 370 médicaments nécessaires pour le traitement de différentes pathologies (cœur,  rhumatisme, asthme …)et ce, en raison de l’épuisement progressif des stocks.Cette pénurie touche au moins 11 000 officines répartis sur le territoire national, ajoute le président du SNAPO. « 370 médicaments seront en rupture car les stocks seront  épuisés à la fin du mois de juin 2019 » et « c’est parce qu’il y a un retard dans les programmes d’importation en 2019.

Messaoud Belambri, a expliqué, hier sur un plateau de télévision que les médicaments autorisés à l’importation au cours du mois de mars ne sont pas encore arrivés en Algérie.

L’importation de nouveaux médicaments autorisée au cours des mois de mars, avril et mai 2019 serait retardée en raison de la situation politique dans le pays. Toutefois, ce spécialise, indique qu’il avait reçu de nombreuses plaintes de la part des pharmaciens en raison de l’absence de médicaments, d’autant plus, déplore-t-il  « la situation ne s’est pas améliorée ».

 Sécurité et situation contraignante

des pharmaciens

Le syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) tire la sonette d’alarme quant à la situation dans laquelle se trouvent les  pharmaciens d’officine par rapport à la question de la gestion des produits dits «  psychotropes ».

Selon le syndicat, d’un point de vue réglementaire, le pharmacien est  seul habilité sur le plan légal à détenir ces médicaments en vue de leur dispensation aux citoyens.  Ces médicaments essentiels et indispensables touchent à un aspect sanitaire prioritaire, qui est celui de la santé mentale en Algérie, et qui constitue une des grandes priorités sanitaires dans le pays, au même titre que les maladies transmissibles, la protection de la mère et de l’enfant, des grandes maladies chroniques (asthme, cœur, hypertension, diabète), ou du cancer.

Or, sur le plan réglementaire, ajoute le Snapo, et dans la pratique quotidienne, la réglementation portant gestion de ces médicaments par le pharmacien souffre de nombreuses insuffisances, qui font courir aux pharmaciens de véritables risques sur le plan  pénal, sur le plan de leur gestion, et sur le plan sécuritaire.

« En premier lieu, les tableaux portant classification légale et officielle de ces produits, ne sont pas publiés au journal officiel, malgré l’existence d’un arrêté ministériel visant leur classification depuis juillet 2015. Ce défaut de publication, faire régner un flou total sur l’identification exacte de ces produits, et font courir aux pharmaciens d’énormes risques sur le plan pénal, au vu des articles 16 et 17 de la loi 04-18 du 25 décembre 2004, et qui prévoient de lourdes peines de prison (de 05 à 20 ans) », indique le snapao dans un communiqué.

De plus, ajoute-t-on, le détournement d’usage de certains médicaments destinés au traitement de la douleur, et qui ; sur le plan technique, pharmacologique, scientifique, et clinique ; ne sont pas classés comme étant des médicaments psychotropes, fait courir aux pharmaciens, et ce à tort, des risques d’ordre juridique et pénal. Les pharmaciens sont souvent victimes des dispositions de la loi 04-18, poursuivis et condamnés, alors que ces produits ne sont pas officiellement classés comme étant des psychotropes.

Par ailleurs, et dans la pratique, le Snapo précise que l’usage de fausses ordonnances, ou d’ordonnances falsifiés ou de complaisance, expose dangereusement les pharmaciens aux risques des poursuites et des condamnations pénales, alors que leurs responsabilité n’est pas engagée. De plus, ceci concerne souvent des médicaments non classés.

« En plus des « effractions, vols, et casses » dont font l’objet les officines pharmaceutiques au quotidien, les pharmaciennes et pharmaciens, face, aux agressions répétées qu’ils vivent au quotidien dans le cadre de leur exercice, sont dans une situation de peur et de traumatisme profonds. Ces agressions répétées : verbales, physiques, à l’arme blanche et aux sabres, ou en bandes organisées, vont jusqu’au meurtre [deux assassinats en moins de trois mois], et ont lieu de jour ou de nuit, à l’occasion de la garde de nuit. Les pharmaciens se sentent totalement démunis, et totalement abandonnés et livrés à la délinquance et aux agresseurs, qui eux sont décidés à obtenir cette catégorie de médicaments par tous les moyens », ajoute-t-on.

Les pharmaciens vivent donc une situation très délicate sur le plan réglementaire et sécuritaire.

Ainsi, et depuis octobre 2016, fait rappeler le Snapo, deux commissions de niveau ministériel, travaillent sur des projets de textes réglementaires pour la révision de la loi 04-18 : le ministère de la justice a pratiquement terminé de préparer un nouveau projet de loi qui révise les dispositions de l’ancienne loi.

Il est prévu plusieurs nouveautés : fichier  numérique nationale des opérations liées à l’usage des produits psychotropes, le mode de classification des produits avec obligation de leur publication, nouveaux modèles de registres et d’ordonnances réglementaires et sécurisées, protection des pharmaciens.

« Nous lançons un appel pressant à Monsieur le ministre de la justice garde des sceaux pour la promulgation et la publication de cette nouvelle loi, qui va mettre fin de manière rapide et efficace à beaucoup de contraintes techniques, et combler le vide juridique constaté et vécu depuis 2004 », indique le Snapo.

Concernant le projet d’un texte réglementaire préparé par le ministère de la santé le Snapo explique que c’est un texte du niveau d’un décret exécutif, en élaboration depuis janvier 2017, et pratiquement finalisé, et prévoit d’instaurer un dispositif technique complet de gestion des produits psychotropes à tous les niveaux de la chaine du médicament : production, importation, distribution en gros, et distribution de détail.

Ce texte vise à instaurer les modalités de gestion, de détention, de prescription, et de dispensation des médicaments psychotropes par tous les intervenants et professionnels de santé habilités.

Parmi les nouvelles dispositions : les ordonnances a souches de différentes couleurs avec numéros de série, et des registres de prescription et de dispensation physiques et numériques.

 Vigilance à la vente des psychotropes

Quelques jours après que le Syndicat national des pharmaciens d’officine ait tiré la sonnette d’alarme sur les risques qu’encourent les pharmaciens avec la vente des psychotropes, c’est au tour du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop) d’appeler la corporation à la vigilance face au commerce des psychotropes.

Le vice-président du Cnop, a insisté à Oran, sur le fait que les pharmaciens «encourent énormément de risques d’agressions de la part de délinquants pour la délivrance des psychotropes», les appelant à beaucoup de prudence pour mieux gérer ce dossier sensible. Face au vide juridique observé et relevé par les professionnels concernant la vente de psychotropes, le pharmacien d’officine est aujourd’hui passible de prison, avec des peines pouvant aller de 5 à 15 ans de réclusion criminelle assorties d’une amende de 500.000 à

1 million de dinars pour vente d’un produit psychotrope sans ordonnance, Dans ce sens, un appel a été lancé en direction des pouvoirs publics à prendre des mesures préventives qui mettent le pharmacien à l’abri dans la commercialisation de psychotropes, à travers la délivrance d’un modèle d’ordonnance empêchant toute fraude et la consultation en permanence du fichier des malades qui ont besoin de ces médicaments afin d’éviter tout dérapage. «Certains confrères pharmaciens sont malheureusement en prison à cause de la gestion de ces produits psychotropes. Le pharmacien n’est pas protégé et il est donc important pour nous actuellement de faire preuve de vigilance quant à ces produits, d’où la nécessité d’un poste de pharmacien assistant», a-t-il déclaré. Le pharmacien assistant, dont le poste a été créé avec statut particulier à la faveur de la nouvelle loi sur la santé 18-11, sera le seul et unique professionnel qui disposera de la qualité de remplaçant du pharmacien, a-t-il expliqué, estimant que c’est une solution alternative au manque de postes de pharmaciens d’officine. «Le tissu national est plus que saturé avec près de 12.000 officines et plus de 1.600 diplômés en pharmacie des 11 facultés qui existent à l’échelle nationale», a-t-il souligné, ajoutant «nous appelons les pharmaciens titulaires à recevoir et à accepter, au niveau de leurs officines, les pharmaciens assistants comme confrères assumant la même responsabilité».

Pour rappel, le Snapo, qui avait dénoncé il y’a quelques semaines, l’assassinat d’un pharmacien à Oum El Bouaghi, avait exhorté les autorités à accélérer la publication de la liste des psychotropes destinés à des fins sanitaires dans le but de protéger le pharmacien et le malade. Le président du Snapo, le docteur Messaoud Belambri, a affirmé que le pharmacien s’est retrouvé ces dernières années entre «le marteau et l’enclume», notamment avec la vente de médicaments non-inscrits dans la liste de psychotropes, à l’instar du Prégabaline classé par la justice comme substance psychotrope, ce qui a entraîné, a-t-il dit, «l’emprisonnement de plusieurs pharmaciens qui ont vendu ce genre de produits dans plusieurs régions du pays».n